Ce que dit la loi
Depuis le 1er juillet 2023, la règle figure à l'article L121-1 du Code de l'artisanat, qui a repris l'ancien article 16 de la loi du 5 juillet 1996. Il réserve à des personnes qualifiées, ou travaillant sous leur contrôle effectif et permanent, plusieurs activités, dont « les soins esthétiques à la personne autres que médicaux et paramédicaux ».
Être qualifiée, c'est :
- soit être titulaire d'un CAP, d'un BEP, ou d'un diplôme ou titre de niveau égal ou supérieur inscrit au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), attestant d'une qualification dans le métier ;
- soit justifier de trois années d'expérience professionnelle effective dans ce métier, comme dirigeante, indépendante ou salariée.
Dans le second cas, la chambre de métiers et de l'artisanat peut délivrer une attestation de qualification professionnelle.
Le problème : aucun texte ne définit précisément ce qu'est un « soin esthétique ». Ni les ongles, ni les cils, ni la manucure ne sont cités. C'est donc la position de l'administration qui fait référence.
Pour les ongles : pose oui, manucure non
La position de l'administration est aujourd'hui claire. Dans sa réponse publiée le 3 février 2026, le ministère chargé de l'artisanat indique que la prothésie ongulaire ou le stylisme ongulaire n'entre pas dans le champ des soins esthétiques réservés, dès lors que la prestation n'implique aucune intervention sur le corps. En revanche, les prestations de modelage et de manucure réalisées directement sur la main ou l'ongle restent réservées aux professionnels qualifiés en esthétique.
Concrètement, sans diplôme d'esthétique, vous pouvez :
- poser des capsules, du gel, de la résine ;
- réaliser des rallongements, des remplissages et des déposes ;
- appliquer du vernis classique ou semi-permanent et faire du nail art.
Vous ne pouvez pas proposer de manucure, c'est-à-dire des soins de l'ongle naturel.
Cette position n'a pas toujours été la même : en 2014, l'administration estimait que la prothésie ongulaire exigeait une qualification ; elle a changé d'avis en 2016. Et la réponse de 2026 annonce un travail sur le périmètre de l'esthétique qui réétudiera la qualification des prothésistes ongulaires.
Pour les cils : la position de l'administration
Aucun texte de loi ne mentionne l'extension de cils, le rehaussement ou la teinture des cils.
Selon la FAQ de la DGCCRF du 19 février 2026 sur l'encadrement des soins esthétiques : « La pose de faux-cils, ainsi que le réhaussement de cils, le browlift ou la teinture des cils et sourcils, ne sont pas considérés comme des soins esthétiques à la personne et peuvent donc être réalisés par toute personne (formée ou non), pas nécessairement esthéticien au sens de l’article L. 121-1 du code de l’artisanat. »
C'est une position de l'administration, pas un texte de loi, et aucune réponse ministérielle propre aux cils n'a été identifiée. Le cadre des métiers de l'esthétique est en cours de réexamen : cette position pourrait évoluer.
Deux conseils de prudence :
- renseignez-vous auprès de votre chambre de métiers avant de vous installer ;
- suivez l'évolution des règles, puisque le périmètre de l'esthétique doit être réexaminé.
Dans tous les cas : vos obligations
Même quand aucun diplôme n'est exigé, vous restez tenue par le Code de la consommation. Vos prestations doivent présenter la sécurité à laquelle vos clientes peuvent légitimement s'attendre et ne pas porter atteinte à leur santé. Vous devez aussi les informer clairement du prix et du contenu de la prestation, et ne pas les tromper. Une vraie formation, qui enseigne l'hygiène et les contre-indications, est le meilleur moyen de respecter ces obligations.
À l'inverse, exercer à titre indépendant une activité réservée, comme la manucure, sans la qualification exigée est puni d'une amende de 7 500 €. La sanction ne s'applique pas si vous régularisez votre situation dans les quatre mois suivant la demande de l'administration.
Ce que cela change au quotidien
Ces règles ont des conséquences très concrètes sur la façon dont vous présentez votre activité :
- Votre carte de prestations : si vous n'êtes pas qualifiée en esthétique, n'y faites pas figurer de manucure ni de soins de l'ongle naturel. Décrivez précisément ce que vous proposez : pose de gel, capsules, semi-permanent, nail art, remplissage, dépose.
- Votre communication : évitez les termes qui laisseraient croire à un diplôme que vous n'avez pas. Mettez plutôt en avant votre formation et vos certifications éventuelles.
- Travailler avec une personne qualifiée : la loi autorise l'exercice d'une activité réservée sous le « contrôle effectif et permanent » d'une personne qualifiée, par exemple dans un institut. Ce contrôle n'est pas défini précisément par les textes : renseignez-vous auprès de votre chambre de métiers avant de vous organiser ainsi.
Et si les règles changent ?
Le Gouvernement a annoncé en 2026 un travail sur le périmètre de l'esthétique, qui doit réexaminer la qualification des prothésistes ongulaires. Rien n'est décidé à ce jour. Pour vous préparer sans inquiétude, suivez une formation complète dès le départ, conservez vos attestations de formation et vos justificatifs d'activité, et gardez en tête que le CAP reste accessible par la VAE si les exigences évoluent.
Le CAP esthétique : pour qui ?
Le CAP « Esthétique Cosmétique Parfumerie », délivré par le ministère de l'Éducation nationale, est un diplôme de niveau 3 inscrit au RNCP. Il couvre les soins du visage, des mains et des pieds, les soins et le maquillage des ongles, ou encore la coloration des cils et sourcils. C'est lui qui vous permettra de proposer la manucure et les autres soins esthétiques.
Trois façons de l'obtenir :
- en formation : il se prépare en deux ans après la 3e, ou en un an après un premier diplôme ;
- par la VAE : depuis la réforme, aucune durée minimale d'expérience n'est exigée ; la démarche passe par la plateforme France VAE ;
- en candidat libre, à certaines conditions d'âge ou via l'enseignement à distance.
Si vous visez un institut complet, c'est un vrai atout. Si vous souhaitez vous spécialiser dans la pose d'ongles ou de cils, une formation dédiée peut suffire pour démarrer.
Les certifications spécialisées
À côté du CAP, plusieurs certifications courtes sont inscrites au Répertoire spécifique de France compétences. Elles attestent d'une compétence précise :
- pour les ongles : « Exercer l'activité de prothésie ongulaire » (RS6746) et « Réaliser des prestations de stylisme ongulaire » (RS7183) ;
- pour les cils : « Réaliser des poses d'extension de cils » (RS7035), « Extension de cils et rehaussement » (RS7150) ou « Extension ou rehaussement de cils » (RS6861).
Chacune est délivrée par un organisme précis et pour une durée limitée : vérifiez sa date d'échéance sur le site de France compétences. Ces certifications ne sont pas des diplômes d'esthétique inscrits au RNCP : elles valorisent votre savoir-faire, sans vous ouvrir la manucure.
Comment vérifier une certification
Sur le site de France compétences, recherchez le numéro de la certification (RS ou RNCP). La fiche indique son intitulé exact, l'organisme qui la délivre, son statut (active ou non) et sa date de fin d'enregistrement. Méfiez-vous des formations qui annoncent une « certification » sans pouvoir vous donner ce numéro.
Comment choisir votre parcours
- Vous voulez poser des ongles et faire du nail art : une formation spécialisée complète vous permet de démarrer, sans proposer de manucure.
- Vous voulez aussi faire de la manucure et des soins : visez le CAP esthétique, en formation ou par la VAE.
- Vous voulez poser des cils : formez-vous sérieusement à l'hygiène, aux contre-indications et au test de tolérance, et vérifiez les règles au moment de vous installer.
Pour la suite, voyez Devenir technicienne cils, Ouvrir sa micro-entreprise d'onglerie, et notre guide Devenir prothésiste ongulaire en micro-entreprise.
Pas obligatoire, mais décisif pour réussir
Qu'un diplôme soit exigé ou non, une vraie formation fait la différence dès vos premières clientes :
- Elle rassure vos clientes : une professionnelle formée inspire confiance, et une cliente en confiance revient et vous recommande.
- Elle vous évite les erreurs d'hygiène et de technique : désinfection du matériel, contre-indications, préparation de l'ongle, tenue de la pose. Ce sont ces erreurs qui abîment les ongles et la réputation.
- Elle vous sert de justificatif : votre attestation de fin de formation peut vous être demandée par un assureur pour votre responsabilité civile professionnelle, et le programme suivi par un financeur comme France Travail.
- Elle vous aide à fixer des prix plus élevés : un travail soigné et durable se vend mieux qu'une pose approximative, et vous pouvez mettre votre parcours en avant auprès de vos clientes.
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