Pourquoi l'hygiène est au cœur du métier

Qu'un diplôme soit exigé ou non pour votre activité, une règle s'applique toujours : vos prestations doivent présenter la sécurité à laquelle vos clientes peuvent légitimement s'attendre et ne pas porter atteinte à leur santé. C'est l'obligation générale de sécurité du Code de la consommation, que la DGCCRF rappelle pour les soins esthétiques. En cas de danger, l'administration peut ordonner des mesures correctives, voire la fermeture.

Les risques sont bien documentés. L'Anses a recensé environ 700 substances utilisées dans le soin et la décoration de l'ongle, dont une soixantaine jugées très préoccupantes. L'INRS classe les risques du métier en quatre familles : les produits chimiques, les troubles musculosquelettiques, les chutes et les risques psychosociaux.

Entre deux clientes : la routine indispensable

L'INRS recommande des règles d'hygiène strictes, à appliquer après chaque cliente :

  • ne travailler que sur des ongles sains : en cas d'infection, de mycose ou de lésion, refusez la prestation et conseillez un médecin ;
  • utiliser au maximum du matériel à usage unique : limes, polissoirs, bâtonnets, cotons, protections de table ;
  • porter des gants et les changer à chaque cliente ;
  • se laver les mains au savon doux ;
  • désinfecter ou stériliser les instruments réutilisables, avec un produit adapté, en respectant sa notice ;
  • nettoyer la table et le repose-main.

Aucun texte n'impose une méthode de stérilisation particulière pour l'onglerie. Il existe en revanche un référentiel volontaire de l'AFNOR sur l'hygiène dans les centres de beauté (SPEC X50-231), cité par la DGCCRF, sur lequel vous pouvez vous appuyer.

Produits chimiques : allergies et bonnes pratiques

Les (méth)acrylates, première cause d'allergie

Selon l'Anses, les (méth)acrylates contenus dans les gels et les résines sont responsables de plus de la moitié des pathologies diagnostiquées chez les professionnels de l'ongle. L'ANSM rappelle que les clientes peuvent aussi développer une allergie au gel, à la colle ou à la résine : eczéma autour des ongles ou des paupières, décollement de l'ongle.

Pour limiter ces risques :

  • évitez tout contact des produits non durcis avec la peau, la vôtre comme celle de vos clientes. L'ANSM demande d'appliquer les produits à la stricte limite de l'ongle et des cuticules, sans les recouvrir ;
  • portez des gants jetables en nitrile, recommandés par l'INRS, et changez-les après chaque cliente ;
  • protégez vos yeux avec des lunettes lors du limage et de la manipulation des produits ;
  • informez vos clientes : l'ANSM déconseille la pose d'ongles artificiels avant 16 ans, pendant la grossesse, avant une intervention chirurgicale et en cas de maladie de l'ongle, et recommande une pause d'un mois après trois à quatre mois de port.

Des produits conformes

  • Le TPO est interdit dans les produits cosmétiques depuis le 1er septembre 2025, sans délai d'écoulement des stocks, en institut comme à domicile.
  • Les produits contenant de l'HEMA ou du di-HEMA trimethylhexyl dicarbamate sont réservés à un usage professionnel et doivent porter les mentions « Réservé aux professionnels » et « Peut provoquer une réaction allergique ».
  • Choisissez les produits les plus sûrs : l'INRS conseille de demander à vos fournisseurs des produits sans substance classée sensibilisante ou cancérogène, et rappelle qu'un produit « naturel » ou « bio » n'est pas forcément sans danger.

Pour bien choisir vos produits, voyez Matériel de prothésiste ongulaire : la liste pour débuter.

Les colles

Les colles à base de cyanoacrylate, utilisées pour les capsules comme pour les extensions de cils, demandent aussi de la vigilance. L'Anses a signalé des brûlures graves provoquées par des projections de colle pour faux ongles sur des vêtements en coton. Rebouchez toujours vos flacons et tenez-les hors de portée des enfants.

Poussières et vapeurs : protéger l'air que vous respirez

Limage, ponçage, solvants : l'air de votre poste de travail se charge de poussières et de vapeurs. L'INRS recommande de :

  • aérer le local, idéalement avec une ventilation mécanique, sinon en ouvrant portes et fenêtres ;
  • aspirer à la source, avec une table de travail équipée d'un dispositif d'aspiration dont l'air est filtré, et changer ou nettoyer régulièrement les filtres ;
  • porter un masque adapté : l'INRS recommande un masque de protection respiratoire de type A2P3 lors de l'utilisation des résines ou des gels acryliques. Les masques chirurgicaux en papier ne protègent pas contre les vapeurs et les poussières nocives ;
  • refermer les flacons après chaque utilisation.

Les lampes UV/LED

Les lampes utilisées pour durcir les gels émettent des UVA. Dans un communiqué de 2023, l'Académie nationale de médecine appelle à la prudence et recommande notamment d'appliquer une crème solaire anti-UVA sur les mains avant l'exposition. Respectez les temps d'exposition indiqués par le fabricant de vos gels, et n'allongez pas les séances sous la lampe.

Votre dos, vos bras, vos yeux

Les troubles musculosquelettiques sont l'autre grand risque du métier. L'INRS conseille :

  • une table réglable en hauteur et un siège ajustable, pour travailler sans vous pencher ;
  • des outils légers et peu bruyants ;
  • une pause entre chaque cliente, et des journées qui ne s'étirent pas trop ;
  • un bon éclairage, pour éviter de forcer sur vos yeux.

Ces conseils valent aussi pour les techniciennes cils, qui travaillent longtemps penchées au-dessus de leur cliente allongée.

Et pour les cils ?

Les mêmes principes s'appliquent aux extensions de cils, avec une vigilance particulière pour la zone de l'œil : questionnaire sur les allergies et les sensibilités avant la première pose, test de tolérance, colle manipulée loin de l'œil et en petite quantité, patchs de protection, local aéré pour limiter les vapeurs de colle, et pinces désinfectées entre chaque cliente. Au moindre signe d'irritation, arrêtez la prestation.

Vos déchets

En tant qu'entreprise, vous êtes responsable de la gestion de vos déchets. Les déchets courants peuvent rejoindre la collecte de votre commune, parfois contre une redevance spéciale. Certains produits usagés, comme les solvants ou les restes de produits chimiques, peuvent relever des déchets dangereux : ne les videz pas dans l'évier, conservez-les fermés et déposez-les en déchèterie ou auprès d'un collecteur. Renseignez-vous auprès de votre commune sur les modalités de dépôt pour les professionnels.

En cas de réaction chez une cliente

  1. Retirez le produit si nécessaire et conseillez à votre cliente de consulter un médecin.
  2. Notez le produit utilisé, son numéro de lot et la date de la prestation.
  3. Prévenez votre fournisseur.
  4. En cas d'effet indésirable grave, vous pouvez le signaler à l'Anses, chargée de la cosmétovigilance depuis le 1er janvier 2024, sur le portail officiel signalement.social-sante.gouv.fr.

Garder la trace des produits utilisés pour chaque cliente, dans votre fiche cliente, vous permettra de réagir vite.

Si vous embauchez

Dès le premier salarié, vous devez évaluer les risques professionnels et les consigner dans un document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). L'INRS propose un outil d'évaluation adapté aux métiers de l'ongle. Si vous travaillez seule, ce document ne s'impose pas, mais les mêmes précautions vous protègent.

Votre check-list hygiène

  • Ongles sains uniquement, refus en cas de lésion ou d'infection.
  • Gants en nitrile changés à chaque cliente, lavage des mains.
  • Matériel à usage unique au maximum, instruments désinfectés ou stérilisés.
  • Table nettoyée entre deux clientes.
  • Local aéré, aspiration à la source, masque A2P3 pour les résines et gels acryliques.
  • Produits sans TPO, correctement étiquetés, flacons refermés.
  • Fiche cliente avec les produits utilisés et les contre-indications signalées.

Ces gestes s'apprennent et se pratiquent en formation : voyez notre formation complète de prothésiste ongulaire, dont un module entier est consacré à l'hygiène, à la sécurité et à l'organisation du poste. Pour la suite, lisez Travailler à domicile ou en salon et notre guide Devenir prothésiste ongulaire en micro-entreprise.