Trois façons d'exercer
- Chez vous — atouts : aucun loyer, pas de trajet, des horaires souples. Contraintes : bail, copropriété, mairie et assurance à vérifier ; votre vie privée est plus exposée.
- Chez vos clientes — atouts : pas de local à aménager, une clientèle qui apprécie le confort. Contraintes : temps et frais de trajet, matériel à transporter, hygiène à maîtriser partout.
- En salon — atouts : une clientèle de passage, une image professionnelle, un cadre séparé de la vie privée. Contraintes : un loyer ou une redevance, et un risque de dépendance vis-à-vis du salon.
Beaucoup de professionnelles combinent plusieurs formules, par exemple un poste chez elles et quelques déplacements. Les règles ci-dessous s'additionnent alors.
Recevoir chez vous
Domicilier n'est pas recevoir
Déclarer votre adresse personnelle comme adresse de l'entreprise est possible, sans limite de durée, si vous êtes propriétaire ou locataire de votre résidence principale et qu'aucune clause de votre bail, de votre règlement de copropriété ou des règles d'urbanisme ne s'y oppose. Prévenir votre bailleur est alors conseillé, mais pas obligatoire.
Utiliser votre logement comme lieu de travail où vous recevez des clientes est une autre situation, avec d'autres vérifications.
Votre bail et votre copropriété
- Locataire : installer une activité professionnelle sans l'autorisation du bailleur est un motif de résiliation du bail. Demandez son accord par écrit.
- Copropriété : une clause d'habitation « exclusivement bourgeoise » interdit toute activité professionnelle, et il faut l'unanimité pour la modifier. Si le règlement ne dit rien, une autorisation de l'assemblée des copropriétaires est recommandée.
Les règles de votre commune
Le Code de la construction autorise une activité professionnelle dans un logement tant qu'elle n'y fait venir ni clientèle ni marchandises. Recevoir des clientes sort de ce cadre. Deux possibilités existent alors : l'activité est admise dans un logement situé en rez-de-chaussée, si elle ne crée ni nuisance ni danger pour le voisinage ; ailleurs, le maire peut l'autoriser dans une partie de votre résidence principale.
Depuis les lois de novembre 2024 et de février 2026, le changement d'usage d'un logement peut être soumis à autorisation préalable dans certaines communes, sur décision de leur conseil municipal ou de leur intercommunalité. Les fiches officielles n'ont pas toutes été mises à jour : le plus sûr est de demander à votre mairie avant de recevoir vos premières clientes.
Sécurité : un point encore discuté
Une pièce de votre logement où vous recevez des clientes est-elle un « établissement recevant du public », soumis à des règles de sécurité incendie ? Les sources officielles divergent. La fiche de service-public estime qu'une pièce professionnelle reste de l'habitation si l'entrée ou les couloirs sont communs au logement. Mais dans une réponse publiée en janvier 2025, le ministère de l'Intérieur considère qu'une pièce où l'occupant reçoit du public pour son activité est un établissement recevant du public, qu'elle ait un accès indépendant ou non. En pratique : gardez un espace dégagé, une sortie facile, et interrogez votre mairie.
Votre assurance habitation
La garantie responsabilité civile de votre assurance habitation ne couvre pas les dommages causés dans le cadre d'une activité professionnelle, par exemple une cliente blessée chez vous. Prévenez votre assureur et souscrivez une responsabilité civile professionnelle.
Votre adresse et vos impôts
- Adresse publique : si l'entreprise est domiciliée chez vous, votre adresse est publiée par défaut. Vous pouvez demander à l'Insee de ne pas diffuser vos données : seules la dénomination de l'entreprise et la commune restent alors publiques.
- Propriétaire : si vous affectez une pièce à votre activité, cette partie professionnelle se déclare aux impôts dans les 90 jours (formulaire 6660-REV).
Travailler chez vos clientes
C'est la formule la plus légère à démarrer. Un artisan qui se rend au domicile des particuliers n'est pas considéré comme un commerçant ambulant : aucune carte spécifique n'est nécessaire.
- Votre véhicule : il doit être assuré pour l'usage que vous en faites dans votre activité professionnelle. Signalez-le à votre assureur.
- Vos frais de trajet : en micro-entreprise, vous ne déduisez pas vos frais réels. L'administration applique un abattement forfaitaire sur votre chiffre d'affaires : intégrez donc vos déplacements dans vos prix, par exemple avec un supplément selon la distance.
- Vos prix : avant la prestation, la cliente doit connaître le prix, de façon claire. Envoyez votre grille tarifaire lors de la prise de rendez-vous.
- Votre hygiène : prévoyez une mallette organisée, des outils en nombre suffisant pour ne pas réutiliser un instrument non désinfecté, et une protection pour la table de votre cliente.
Pour limiter vos trajets, regroupez vos rendez-vous par quartier et fixez un périmètre d'intervention. Au-delà, un supplément de déplacement annoncé à l'avance est la solution la plus claire pour vos clientes.
Travailler en salon
Louer une place, un fauteuil ou une cabine dans un institut ou un salon de coiffure permet de profiter d'un lieu équipé et d'une clientèle déjà présente. Deux points de vigilance :
- Le bail du salon : le salon lui-même est souvent locataire. Or, sauf clause contraire ou accord de son bailleur, toute sous-location, même partielle, est interdite. Demandez au salon s'il y est autorisé.
- Votre indépendance : immatriculée, vous êtes présumée indépendante. Mais cette présomption tombe si vous travaillez dans un lien de subordination : un salon qui vous donne des ordres, contrôle votre travail et peut vous sanctionner se comporte comme un employeur. En 2010, le ministère chargé de l'artisanat citait comme indices à risque un donneur d'ordre unique, des horaires imposés, une facturation à l'heure, l'intégration à une équipe salariée ou la fourniture du matériel.
Signez un contrat écrit qui précise la redevance, l'espace loué et votre liberté d'organisation. Fixez vous-même vos prix et vos horaires, utilisez votre matériel, et développez votre propre clientèle.
Où que vous exerciez
- La cotisation foncière des entreprises (CFE) est due même si vous travaillez à domicile ou chez vos clientes. Elle est calculée sur une base minimum fixée par votre commune. Vous en êtes exonérée l'année de création, votre base est réduite de moitié l'année suivante, et vous n'êtes pas redevable tant que votre chiffre d'affaires ne dépasse pas 5 000 €.
- Vos prix doivent être affichés de manière lisible là où vous recevez vos clientes, et communiqués avant toute prestation, quel que soit le lieu.
- Votre assurance responsabilité civile professionnelle n'est pas obligatoire en général, mais elle est fortement recommandée par l'administration.
Votre check-list avant la première cliente
- Accord écrit du bailleur si vous êtes locataire, et vérification du règlement de copropriété.
- Réponse de votre mairie sur l'éventuelle autorisation de changement d'usage.
- Assureur prévenu, et responsabilité civile professionnelle souscrite.
- Espace de travail dégagé, bien éclairé et facile à nettoyer, avec une sortie accessible.
- Grille de prix affichée et envoyée lors de la prise de rendez-vous.
- Option de non-diffusion de votre adresse demandée à l'Insee, si vous le souhaitez.
Comment choisir
- Listez ce que vous pouvez vérifier tout de suite : votre bail, votre règlement de copropriété, l'avis de votre mairie.
- Estimez vos frais pour chaque formule : trajets, redevance d'un salon, aménagement d'une pièce.
- Pensez à votre clientèle cible : une clientèle très occupée apprécie souvent qu'on se déplace, tandis qu'un salon bien situé attire une clientèle de passage.
- Commencez simplement, puis ajustez : de nombreuses professionnelles démarrent chez leurs clientes avant d'aménager un espace.
Pour les démarches de création, voyez Ouvrir sa micro-entreprise d'onglerie ; pour la question du diplôme, Faut-il un diplôme pour poser des ongles ou des cils ? ; et pour le parcours complet, notre guide Devenir prothésiste ongulaire en micro-entreprise.