Deux aides différentes, souvent confondues
L'ACRE et l'ARCE ont des noms presque identiques, mais elles ne font pas du tout la même chose :
- L'ACRE (aide aux créateurs et repreneurs d'entreprise) est une exonération partielle de cotisations sociales, gérée par l'Urssaf. Vous payez moins de cotisations pendant vos premiers trimestres.
- L'ARCE (aide à la reprise ou à la création d'entreprise) est un versement en capital d'une partie de vos allocations chômage, géré par France Travail. Elle ne concerne que les personnes qui touchent l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE).
Les deux sont liées : il faut avoir obtenu l'ACRE pour prétendre à l'ARCE.
L'ACRE : payer moins de cotisations au démarrage
Qui peut en bénéficier ?
L'ACRE n'est pas ouverte à tous les créateurs. Il faut faire partie de l'une de ces catégories :
- bénéficiaire de l'ARE ou de l'allocation de sécurisation professionnelle ;
- demandeur d'emploi non indemnisé, inscrit six mois au cours des dix-huit derniers mois ;
- bénéficiaire du RSA ou de l'allocation de solidarité spécifique ;
- jeune de 18 à 25 ans, ou jusqu'à 29 ans en situation de handicap ;
- moins de 30 ans ne remplissant pas les conditions pour toucher l'ARE ;
- salarié ou salarié licencié d'une entreprise en procédure collective, qui en reprend une activité ;
- titulaire d'un contrat d'appui au projet d'entreprise (CAPE) ;
- créateur dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ou dans une zone France ruralités revitalisation ;
- bénéficiaire de la prestation partagée d'éducation de l'enfant (PreParE).
Autre condition : ne pas avoir bénéficié de l'ACRE au cours des trois dernières années.
Combien ?
La réforme de 2026 a réduit l'aide pour les micro-entrepreneurs. Pour une micro-entreprise créée à partir du 1er juillet 2026, l'exonération est de 25 % : vous payez 75 % du taux normal de cotisations. Les micro-entreprises créées avant cette date conservent l'exonération de 50 %.
Pour des prestations de services artisanales, dont le taux normal est de 21,2 % du chiffre d'affaires en 2026, cela donne environ 15,9 % pendant la période d'ACRE (21,2 % × 75 %, notre calcul).
Un exemple
Prenons un exemple fictif : une micro-entreprise de prothésie ongulaire créée en septembre 2026, qui réalise 2 000 € de chiffre d'affaires au cours d'un mois. Sans ACRE, les cotisations sociales s'élèvent à 424 € (21,2 %). Avec l'ACRE, elles tombent à environ 318 € (15,9 %), soit une économie d'environ 106 € ce mois-là, hors contribution à la formation professionnelle. L'économie totale dépend de votre chiffre d'affaires pendant toute la période d'ACRE. Gardez en tête qu'à la fin de cette période, vos cotisations reviennent au taux normal : intégrez-le dès le départ dans vos prix.
Pendant combien de temps ?
L'exonération s'applique jusqu'à la fin du troisième trimestre civil qui suit la date de début de votre activité. Démarrer en début de trimestre permet donc d'en profiter un peu plus longtemps.
Comment la demander ?
- Créez votre micro-entreprise sur le guichet unique des formalités d'entreprises.
- Téléchargez votre attestation de création.
- Remplissez le formulaire de demande d'ACRE et envoyez-le à l'Urssaf avec vos justificatifs, dans les 60 jours qui suivent la date de début de votre activité.
- L'Urssaf répond sous un mois. Sans réponse, l'ACRE est considérée comme accordée.
Toutes les étapes de la création sont détaillées dans Ouvrir sa micro-entreprise : les démarches pas à pas.
L'ARCE : une partie de vos allocations en capital
Pour qui ?
L'ARCE s'adresse aux personnes qui touchent l'ARE et qui créent ou reprennent une entreprise. Il faut avoir obtenu l'ACRE : France Travail en fait une condition obligatoire.
Combien ?
L'ARCE est égale à 60 % de vos droits restants à l'ARE au moment de la création, moins une retenue de 3 % au titre de la retraite complémentaire. Elle est soumise à la CSG et à la CRDS.
Comment est-elle versée ?
- Un premier versement de 50 % à la date de création, ou à l'ouverture de vos droits si elle est plus tardive.
- Un second versement de 50 % six mois plus tard, à condition d'exercer toujours votre activité.
Si votre activité s'arrête, le reliquat de vos droits peut être repris, sous conditions, dans un délai de trois ans après l'ouverture de vos droits, augmenté de leur durée.
L'autre option : garder vos allocations chaque mois
Au lieu de l'ARCE, vous pouvez continuer à percevoir l'ARE chaque mois, en la cumulant avec les revenus de votre micro-entreprise. Les deux formules ne se cumulent pas : il faut choisir.
Comment se calcule le cumul ?
France Travail retire de votre allocation mensuelle 70 % de la rémunération tirée de votre activité. Pour une micro-entreprise de prestations de services artisanales, cette rémunération est votre chiffre d'affaires diminué d'un abattement de 50 %. Tant que votre revenu n'est pas connu, une partie de l'allocation est versée à titre provisoire, puis régularisée.
Depuis le 1er avril 2025, pour les fins de contrat intervenues depuis cette date, ce cumul est plafonné à 60 % des droits restants au moment de la création. Au-delà, il faut saisir l'instance paritaire régionale.
Comment choisir ?
France Travail donne des repères, que nous reprenons ici :
- Le maintien de l'ARE convient plutôt si votre activité démarre doucement, si vous investissez peu au départ et si vous avez besoin d'un revenu mensuel sûr.
- L'ARCE convient plutôt si vous avez besoin d'un capital pour vous équiper (matériel, mobilier, stock de produits) et si vous prévoyez un chiffre d'affaires rapide et régulier.
Dans une activité qui se construit cliente après cliente, comme l'onglerie ou les cils, le démarrage est souvent progressif. Faites la simulation avec votre conseiller France Travail avant de décider : le choix est difficile à défaire.
Les autres coups de pouce
- La cotisation foncière des entreprises (CFE) : vous en êtes exonérée l'année de création, et la base est réduite de moitié l'année suivante. Pensez à déposer la déclaration initiale (formulaire 1447-C-SD) avant le 31 décembre de l'année de création. Vous n'êtes pas redevable tant que votre chiffre d'affaires ne dépasse pas 5 000 €.
- Les prêts d'honneur : prêts personnels à taux zéro et sans garantie, accordés par des réseaux d'accompagnement comme Initiative France, France Active ou Réseau Entreprendre, pour renforcer vos fonds propres.
- Le microcrédit : l'Adie peut prêter jusqu'à 17 000 € aux créateurs qui n'ont pas accès au crédit bancaire, sous conditions.
- L'accompagnement de votre région : depuis 2017, les régions ont remplacé l'ancien dispositif NACRE par leurs propres programmes d'aide à la création.
Le bon ordre des démarches
- Avant la création : si vous êtes inscrite à France Travail, parlez de votre projet à votre conseiller, et faites votre choix entre ARCE et maintien de l'ARE. Si vous souhaitez vous former d'abord, faites-le pendant cette période : voyez Financer sa formation.
- Le jour J : déclarez votre début d'activité sur le guichet unique, de préférence en début de trimestre.
- Dans les 60 jours : envoyez votre demande d'ACRE à l'Urssaf.
- Après l'ACRE : si vous avez choisi l'ARCE, faites votre demande à France Travail avec l'attestation d'ACRE.
- Avant le 31 décembre : déposez votre déclaration initiale de CFE.
Pour évaluer ce qu'il vous restera une fois les cotisations payées, lisez Combien gagne une prothésiste ongulaire indépendante ?, et pour le parcours complet, notre guide Devenir prothésiste ongulaire en micro-entreprise.