Indépendante : il n'y a pas de salaire, mais un chiffre d'affaires

En micro-entreprise, vous ne touchez pas de salaire. Vous encaissez le prix de vos prestations : c'est votre chiffre d'affaires. Ce que vous gagnez vraiment, c'est ce qu'il en reste après :

  • les cotisations sociales et les taxes, prélevées en pourcentage de ce que vous encaissez ;
  • l'impôt sur le revenu ;
  • vos frais : produits, matériel, déplacements, publicité, assurance.

Autre différence avec le salariat : pas de congés payés. Les semaines où vous ne travaillez pas, vous n'encaissez rien.

Ce que disent les chiffres officiels

Les micro-entrepreneurs de la beauté

Selon l'Insee, les micro-entrepreneurs ont perçu en moyenne 680 € par mois pour leur activité en 2024, tous secteurs confondus. Hors revenus nuls, la moitié ont gagné moins de 330 € par mois, et près d'un tiers cumulent leur micro-entreprise avec un emploi salarié.

Dans le secteur coiffure et soins de beauté, les 84 000 micro-entrepreneurs actifs ont perçu en moyenne 530 € par mois en 2024.

Même constat côté Urssaf : en 2024, le revenu annuel moyen des auto-entrepreneurs de la coiffure et des soins du corps s'élève à 5 552 €. Attention, pour l'Urssaf, ce « revenu » est le chiffre d'affaires diminué d'un abattement forfaitaire (50 % pour les prestations de services), avant paiement des cotisations.

Ces moyennes mélangent des professionnelles à temps plein, des activités d'appoint et des débuts d'activité. Elles montrent surtout que le volume de clientèle fait toute la différence.

Et les prothésistes ongulaires ?

Aucune statistique officielle ne porte sur les seules prothésistes ongulaires. Si vous croisez un « salaire moyen » de prothésiste ongulaire, vérifiez d'où il vient avant de vous y fier.

Pour comparer : le salariat

Si vous travaillez comme salariée d'un institut ou d'un bar à ongles, le salaire minimum dépend du coefficient fixé par la grille de la convention collective de l'esthétique-cosmétique (IDCC 3032). Dans tous les cas, il ne peut pas être inférieur au Smic : 1 867,02 € brut, soit 1 477,93 € net par mois pour un temps plein, depuis le 1er juin 2026.

Du chiffre d'affaires au revenu : la méthode

  1. Partez de votre chiffre d'affaires mensuel : nombre de prestations × prix moyen.
  2. Retirez les prélèvements : 21,2 % de cotisations sociales, 0,3 % de contribution à la formation, 0,48 % de taxe de chambre de métiers à partir de la 2e année, et 1,7 % si vous optez pour le versement libératoire de l'impôt, soit 23,68 % au total dans ce cas.
  3. Retirez vos frais : produits, renouvellement du matériel, déplacements, assurance.
  4. Sans versement libératoire, l'impôt se calcule sur la moitié de votre chiffre d'affaires, ajoutée à vos autres revenus.

Versement libératoire ou barème : comment choisir ?

Exemple : pour 30 000 € de chiffre d'affaires annuel, le versement libératoire vous coûte 510 € d'impôt (1,7 %), payés au fil de l'année. Sans cette option, 15 000 € (la moitié de votre chiffre d'affaires, après l'abattement de 50 %) s'ajoutent aux autres revenus de votre foyer et sont imposés au barème.

Le bon choix dépend donc des revenus de votre foyer : si votre taux d'imposition est faible ou nul, le barème peut revenir moins cher ; s'il est élevé, le versement libératoire est souvent avantageux. Faites la simulation sur impots.gouv.fr avant d'opter, et souvenez-vous qu'il est réservé aux foyers sous un plafond de revenu fiscal de référence.

Votre première année, la taxe de chambre de métiers n'est pas due, et si vous bénéficiez de l'ACRE (création depuis le 1er juillet 2026), vos cotisations sociales tombent à 15,9 % pendant les premiers trimestres.

Trois exemples chiffrés

Exemples indicatifs, à partir de la 2e année, avec versement libératoire (23,68 % de prélèvements) et des frais estimés à 15 % du chiffre d'affaires. Vos propres frais peuvent être très différents.

Par moisEn complémentMi-tempsTemps plein
Chiffre d'affaires1 000 €2 500 €3 000 €
Prélèvements (23,68 %)− 236,80 €− 592,00 €− 710,40 €
Frais (15 %)− 150,00 €− 375,00 €− 450,00 €
Reste pour vous613,20 €1 533,00 €1 839,60 €

Dans le troisième exemple, le chiffre d'affaires annuel atteint 36 000 €, juste sous le seuil de 37 500 € au-delà duquel vous devriez facturer la TVA. C'est un seuil à surveiller : le franchir change vos prix ou vos marges.

Combien de clientes pour y arriver ?

Exemple : trois prestations par jour, quatre jours par semaine, quatre semaines par mois, à 45 € en moyenne, font 48 prestations et 2 160 € de chiffre d'affaires mensuel.

Chronométrez vos poses dès le début : gagner une demi-heure par cliente, c'est une prestation de plus par jour.

Vos frais, poste par poste

Dans nos exemples, les frais représentent 15 % du chiffre d'affaires. Ce n'est qu'une hypothèse : les vôtres dépendent de votre façon de travailler. Listez-les dès le départ :

  • les produits : gels, vernis, capsules, colle, produits de préparation, qui s'usent au fil des poses ;
  • le matériel : lampe, limes, pinceaux, à remplacer régulièrement ;
  • l'hygiène : désinfectant, gants, serviettes et consommables à usage unique ;
  • l'assurance responsabilité civile professionnelle, fortement recommandée ;
  • les déplacements si vous allez chez vos clientes ;
  • la communication : prise de rendez-vous en ligne, photos, éventuellement un site ;
  • la location d'une place si vous exercez en salon ;
  • la formation continue, pour proposer de nouvelles techniques.

Notez chaque dépense dans un tableau dès le premier mois. Au bout d'un trimestre, vous connaîtrez votre vrai taux de frais, et vous pourrez ajuster vos prix en conséquence.

Les premiers mois : prévoir la montée en charge

Une clientèle se construit progressivement. Les premières semaines, vos poses sont plus longues et vos rendez-vous moins nombreux : votre chiffre d'affaires sera inférieur à celui que vous visez.

  • Gardez une réserve pour couvrir vos dépenses personnelles pendant cette période.
  • Démarrez si possible en complément d'un emploi ou d'une allocation : si vous êtes demandeuse d'emploi indemnisée, le maintien de votre allocation peut sécuriser vos revenus.
  • Profitez de l'ACRE si vous y avez droit : des cotisations réduites pendant les premiers trimestres.

Les dispositifs pour changer de métier sans perdre pied sont détaillés dans Se reconvertir dans la beauté après 30, 40 ou 50 ans.

Ce qui fait vraiment varier vos revenus

  • La fidélité : les remplissages réguliers stabilisent votre chiffre d'affaires, bien plus que les poses ponctuelles.
  • Vos prix : calculez-les pour couvrir vos produits, votre temps et vos prélèvements, sans vous aligner sur les prix les plus bas.
  • Votre rapidité, qui vient avec la pratique.
  • Votre lieu d'exercice : à domicile, vos frais sont faibles ; chez les clientes, comptez les déplacements ; en salon, la location.
  • La double compétence : proposer ongles et cils permet de fidéliser une même cliente sur plusieurs prestations.

Retraite, maladie : ce que couvrent vos cotisations

Vos cotisations vous ouvrent des droits, mais ils dépendent de votre chiffre d'affaires.

  • Retraite : vous validez des trimestres selon votre chiffre d'affaires de l'année, dans la limite de quatre. Un petit chiffre d'affaires peut ne valider aucun trimestre : faites une simulation sur les outils de l'Urssaf.
  • Maladie : les indemnités journalières sont possibles après 12 mois d'affiliation continue. Mais si votre revenu annuel moyen des trois dernières années est inférieur à 4 582 € (pour un arrêt commençant en 2026), l'indemnité est de 0 €.

Pour aller plus loin, retrouvez toutes les démarches dans Ouvrir sa micro-entreprise d'onglerie, les dispositifs pour changer de métier dans Se reconvertir dans la beauté après 30, 40 ou 50 ans, et le parcours complet dans notre guide Devenir prothésiste ongulaire en micro-entreprise.